Donation-partage : comment transmettre sans créer de conflit ?
La donation-partage fige les valeurs au jour de l'acte. Plus de réévaluation au décès, plus de conflit entre héritiers.
Le conflit évité : la famille Durand
En 2010, les Durand donnent leur maison de famille (évaluée 300 000 EUR) à leur fils aîné Thomas, et 100 000 EUR en liquide à chacune de leurs deux filles, Marie et Sophie. Ils pensent avoir été équitables : 300 000 + 100 000 + 100 000 = 500 000 EUR répartis.
Ce qui se passe sans donation-partage
En 2026, au décès du père, la maison vaut désormais 600 000 EUR. La loi impose le rapport successoral (art. 843 C. civ.) : Thomas doit « rapporter » 600 000 EUR (valeur actuelle), Marie et Sophie seulement 100 000 EUR chacune.
Résultat : Thomas est considéré comme ayant reçu le double de ses sœurs. Il doit verser une soulte de 133 000 EUR à chacune pour rétablir l'égalité. Thomas doit vendre la maison familiale. Les sœurs lui en veulent, lui se sent trahi par ses parents.
Ce qui se passe avec donation-partage
La maison reste comptée à 300 000 EUR (valeur au jour de la donation). Chaque enfant a reçu sa part à valeur égale. Thomas garde la maison, aucune soulte, aucun recalcul, aucun conflit.
La donation-partage a préservé l'unité familiale des Durand et leur maison de famille.
2,5 %
Droit de partage (art. 746 CGI)
15 ans
Renouvellement des abattements
0 EUR
Réévaluation au partage (gel des valeurs)
Donation simple vs Donation-partage
Pourquoi les notaires recommandent la donation-partage aux familles avec plusieurs enfants
| Critère | Donation simple | Donation-partage |
|---|---|---|
| Valeur des biens au décès | Réévaluée (peut doubler ou tripler) | Figée au jour de la donation |
| Rapport successoral | Obligatoire (art. 843 C. civ.) | Aucun rapport (art. 1078 C. civ.) |
| Risque de conflit familial | Élevé si le bien a pris de la valeur | Quasi nul |
| Soulte à payer entre héritiers | Probable si réévaluation | Aucune |
| Droit de partage (2,5 %) | Dû au décès sur l'actif | Anticipé (payé à la donation, évité au décès) |
| Accord des enfants | Non requis | Consentement exprès de chaque bénéficiaire |
| Bénéficiaires possibles | N'importe qui | Héritiers présomptifs, descendants de degrés différents, tiers (entreprise) |
| Acte notarié | Facultatif (sauf immobilier) | Obligatoire |
La donation-partage est l'outil idéal pour l'immobilier, les parts de société, et tout bien susceptible de prendre de la valeur.
Combien pouvez-vous transmettre sans payer de droits ?
Montants exonérés de droits, renouvelables tous les 15 ans
100 000 EUR
Par enfant et par parent
31 865 EUR
Par petit-enfant
200 000 EUR
Par enfant pour un couple
Familles recomposées
Combiner donation-partage et démembrement
La stratégie la plus utilisée par les familles patrimoniales : donner la nue-propriété en donation-partage tout en conservant l'usufruit.
- Droits réduits : calculés sur la nue-propriété seule. Barème fiscal (art. 669 CGI) : 51-60 ans = NP 50 %, 61-70 ans = NP 40 %, 71-80 ans = NP 30 %
- Vous restez chez vous : vous conservez l'usage du bien ou percevez les loyers
- Double avantage : gel des valeurs + décote pour démembrement
- Reconstitution automatique : au décès, vos enfants deviennent pleins propriétaires sans droits de succession (art. 1133 CGI)

Quel montant pouvez-vous transmettre sans droits ?
Avec les abattements renouvelés, un couple peut transmettre jusqu'à 200 000 EUR par enfant sans payer de droits (100 000 EUR d'abattement par parent).
L'avantage du gel des valeurs : exemple chiffré
Bien donné en 2026 à 200 000 EUR, revalorisé à 350 000 EUR au décès en 2040
Donation simple
- Valeur au jour de la donation (2026)
- 200 000 EUR
- Valeur au jour du décès (2040)
- 350 000 EUR
- Valeur retenue pour le rapport
- 350 000 EUR (valeur au décès)
- Assiette des droits de succession
- Plus élevée
- Risque de soulte entre héritiers
- Oui, sur la plus-value
Donation-partage
- Valeur au jour de la donation (2026)
- 200 000 EUR
- Valeur au jour du décès (2040)
- 350 000 EUR
- Valeur retenue pour le rapport
- 200 000 EUR (valeur au jour de la donation)
- Assiette des droits de succession
- Réduite de 150 000 EUR
- Risque de soulte entre héritiers
- Aucun
Art. 1078 du Code civil : en donation-partage, les biens sont évalués au jour de l'acte, sans réévaluation au décès. C'est l'avantage fiscal et familial majeur de ce dispositif.
Droit de partage de 2,50 % (art. 746 CGI)
Les 4 conditions pour que la donation-partage fige les valeurs
Tous les héritiers réservataires allotis
Pour que les valeurs soient figées (art. 1078 C. civ.), tous vos héritiers réservataires vivants ou représentés au jour du décès doivent avoir reçu un lot et l'avoir accepté. Un enfant né après la donation et non inclus ultérieurement fait perdre le gel.
Acte notarié obligatoire
Le notaire rédige l'acte, vérifie le consentement de chaque bénéficiaire et procède aux formalités. Pas de don manuel possible.
Consentement exprès
Chaque enfant doit accepter expressément sa part devant le notaire. Un refus ? La donation-partage reste possible, mais elle perd le bénéfice du gel des valeurs (art. 1078).
Pas de quasi-usufruit sur somme d'argent
L'article 1078 exige qu'aucune réserve d'usufruit portant sur une somme d'argent ne soit stipulée. En présence d'un quasi-usufruit sur somme d'argent, le gel des valeurs ne s'applique pas.
Donation-partage vs indivision : pourquoi c'est mieux
Sans donation-partage, vos enfants héritent en indivision : chacun possède une quote-part de chaque bien, personne ne peut agir seul. Durée moyenne d'une indivision : 6 à 8 ans de blocage.
La donation-partage attribue un bien précis à chaque enfant. Plus d'indivision, plus de blocage, plus de conflit sur qui prend quoi. Et surtout : la valeur des biens est gelée au jour de la donation, pas réévaluée au décès (art. 1078 Code civil).
Clause d'inaliénabilité : vous pouvez interdire la vente du bien donné pendant une durée déterminée (souvent 10-15 ans), pour protéger le patrimoine familial. Cette clause doit être justifiée par un intérêt sérieux et légitime (art. 900-1 Code civil).
Combien coûte une donation-partage ?
La donation-partage génère quatre types de frais, distincts des droits de donation eux-mêmes. Voici le détail pour anticiper la facture du notaire.
Les frais d'une donation-partage
Hors droits de donation (barème art. 777 CGI), qui dépendent du lien de parenté et des abattements
| Poste de coût | Taux ou montant | Base de calcul |
|---|---|---|
| Droit de partage (art. 746 CGI) | 2,5 % de l'actif net partagé | Valeur nette des biens partagés. Seuil : 5 000 EUR minimum (en dessous = droit fixe de 125 EUR) |
| Émoluments du notaire | Barème dégressif : 4,837 % (0-6 500 EUR), 1,995 % (6 500-17 000 EUR), 1,330 % (17 000-60 000 EUR), 0,998 % (au-delà) | Valeur des biens transmis. Arrêté du 28 février 2024 |
| Taxe de publicité foncière | 0,71498 % | Uniquement si la donation inclut un bien immobilier |
| Contribution de sécurité immobilière | 0,10 % | Uniquement si immobilier. Minimum 15 EUR |
Les émoluments notariaux sont fixés par arrêté et non négociables. Les débours (copies, timbres) s'ajoutent pour quelques centaines d'euros.
Exemple chiffré : donation-partage de 300 000 EUR
Un couple donne 300 000 EUR en biens mobiliers à ses deux enfants via une donation-partage. Voici la facture prévisible :
- Droit de partage : 300 000 x 2,5 % = 7 500 EUR (art. 746 CGI)
- Émoluments notaire : environ 3 500 EUR HT, soit ~4 200 EUR TTC (barème dégressif)
- Débours et formalités : ~300 EUR
- Total frais : environ 12 000 EUR (hors droits de donation)
Si les 300 000 EUR restent dans les abattements (100 000 EUR par enfant et par parent, soit 400 000 EUR pour un couple avec deux enfants), aucun droit de donation n'est dû en plus. Les 12 000 EUR de frais sont le seul coût.
Sans donation-partage, ce droit de partage serait dû au décès lors du partage successoral, majoré par la plus-value des biens. Mieux vaut payer 2,5 % sur 300 000 EUR aujourd'hui que 2,5 % sur 600 000 EUR dans vingt ans.
Questions fréquentes
Combien recevront vos enfants après donation-partage ?
Calculez les droits de votre donation-partage et comparez le coût avec ou sans démembrement.
Les informations présentées sur cette page sont à caractère général et ne constituent pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé. Elles sont vérifiées auprès de sources officielles (Code général des impôts, BOFiP, service-public.fr) mais ne sauraient se substituer à l'avis d'un notaire ou d'un conseiller en gestion de patrimoine pour votre situation particulière. Données fiscales en vigueur au 1er janvier 2026.